Chanel et les gémeaux
Actualites: Carpe Diem au MAI, la critique
Édition:28/05/© 2002
De la pudeur, suite et fin?
Danse Carpe diem, nous présente actuellement au MAI, la seconde
partie d'une étude sur la pudeur.
François Dufort
Après la version masculine, présentée à l'Espace Tangente il y a un mois, de son étude sur la pudeur, Carpe diem, nous offre maintenant son équivalent féminin au mai. Chanel et les gémeaux, un quintette composé de quatre danseuses et d'un comédien danseur est, jusqu'à un certain point, semblable à la première proposition, en ce sens qu'on y retrouve à la fois la liberté dans l'interprétation, dans la forme et, un fond figé, imposé, où la pudeur des interprètes, corporelle et émotive est en cause, questionnée.
J'ai perçu cette pièce, plus comme un début que comme l'achèvement d'une étude,
que d'un point final. En effet, car si pour Emmanuel Jouthe, le chorégraphe
de Carpe diem, le projet " De la pudeur " est représentatif esthétiquement
et techniquement des intentions futures de ce dernier quant à ses prochaines
créations, il reste du travail à faire, surtout au niveau de la théâtralité,
au niveau du fond, car Chanel et les gémeaux est inégale à ce niveau, l'intérêt
du spectateur n'y est pas constant et tout n'est pas clair. S'il est agréable,
de voir les interprètes ayant une plus grande liberté que dans les pièces
antérieures de Jouthe, il serait aussi agréable de les voir nous livrer un
fond clair, une
histoire avec un début un milieu et une fin.
Il y a de belles images dans Chanel, en début de pièce, une section où quatre des interprètes sont nus et effectuent une lente reptation au sol plaît à l'œil, c'est un des moments forts de cette proposition, cette nudité passe très bien ce qui n'est pas évident, la ligne séparant l'interprétation de l'exhibitionnisme est toujours très mince. En fin de pièce aussi, on découvre de belles images lorsque les interprètes sont rassemblés sur un matelas, agglutinés, amalgamés en un regroupement qui évoque une sculpture. Chanel, est aussi doté d'une belle scéno, un plancher rouge qu'entoure une zone négative, accompagné d'un choix d'éclairage assez intéressant, et comme la pièce est présentée avec gradins sur trois côtés, la lumière permet de voir les autres spectateurs ce qui nous implique dans la pièce...
Je bien hâte de voir la prochaine proposition d'Emmanuel Jouthe, poursuivra-t-il son travail plus avant en continuant à explorer comme il le fait actuellement ou retournera-t-il à des pièces plus formelles ? Énigme...