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Vitrail

Le Devoir
CULTURE, jeudi 9 octobre 2003, p. B8
Doyon, Frédérique

F!ND
Corps publics en éclats
De Emmanuel Jouthe La «pièce» prend la forme d'une série de tableaux brefs, tantôt plus, tantôt moins dansés

Si vous déambulez rue St-Denis ce soir ou demain, vous remarquerez sans doute un petit attroupement à l'angle de la rue Rachel. Il s'agit de la dernière création du jeune chorégraphe Emmanuel Jouthe, Vitrail (première partie du dyptique Dimanche XXIe), présentée dans la vitrine de l'opticien Georges Laoun. L'expérience vaut le détour.

Autre manifestation du désir de remodeler les liens avec le public, Vitrail porte aussi sur l'urbanité, son mouvement propre et sa densité. Jouthe a donc confiné ses danseuses (et lui-même) à un espace restreint délimité par un petit plateau surélevé d'environ deux mètres carrés de surface donnant sur l'angle de la vitrine. Derrière eux, un paravent ferme l'espace, sur lequel des projections vidéo mêlent des images de la rue animée (en l'occurrence, les spectateurs qui regardent) et des danseuses en mouvement, en direct ou en différé.

Des moniteurs retransmettant les images de cinq ou six caméras sont aussi exposés en vitrine, offrant divers points de vue sur la danse. Enfin, des casques d'écoute permettent d'entendre ce qui se passe à l'intérieur - musique, paroles, silence. L'installation peut sembler lourde, mais il n'en est rien. Au contraire, tout se complète sans se faire ombrage. L'expérience parvient à multiplier (ou à fragmenter) l'accès à l'oeuvre sans en compromettre l'appréciation d'ensemble. On peut choisir de simplement regarder la danse au rythme du brouhaha urbain. Mais lorsqu'on enfile le casque d'écoute, la performance prend une autre dimension, ajoutant une couche de sens.

La «pièce» prend la forme d'une série de tableaux brefs, tantôt plus, tantôt moins dansés, qui se succèdent de 6h à 22h: solos, duos, trios. La danse s'attarde principalement à décortiquer puis reconstruire des séquences gestuelles. Au début (bien que ce début soit peut-être la fin pour vous) se dévoilent des portions de corps sur une musique classique: têtes, mains, jambes, pieds. Dans un autre tableau, une danseuse dicte aux deux autres, à un rythme effréné, les mouvements qu'elles doivent exécuter. Approfondissant des avenues explorées dans Chanel et les gémeaux, la danse d'Emmanuel Jouthe trouve ici une expression plus achevée, mûrie.

Vitrail s'adresse aux passants, mais on a envie d'y rester...

© 2003 Le Devoir. Tous droits réservés.


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